La tour de Babel
1998

polyptyque
4 panneaux

A : 150x150 cm
B : 100x150 cm
C : 200x100 cm
D : 150x100 cm

Collection Frac Limousin (achat en 2008)

acrylique sur bois

Le panneau A présente une copie d'une enluminure médiévale sur la construction de la tour de Babel. Le B juxtapose deux traductions d'un texte de Freud (en français et en anglais) sur l'étiologie de l'hystérie, dans lequel il compare le travail de l'analyste à celui de l'archéologue :

  • Admettons qu'un chercheur arrive dans une région peu connue, où son intérêt est éveillé par un vaste amas de ruines avec des restes de mur, des fragments de colonnes et de tablettes portant des caractères effacés et illisibles. Il peut se contenter d'examiner ce qui se trouve à découvert, puis de questionner les habitants peut-être à demi barbares demeurant dans les environs, sur ce que la tradition leur a transmis de l'histoire et de la signification de ces restes monumentaux ; il peut consigner leurs informations et continuer son voyage. Mais il peut aussi procéder autrement ; il peut avoir apporté avec lui pioches, pelles et bêches, il peut engager les habitants à travailler avec ces outils, s'attaquer avec eux à l'amas de ruines, ôter les gravats et à partir des restes visibles découvrir ce qui est enfoui. Si le succès couronne son travail, les découvertes parlent d'elles même ; les restes des murs font partie de l'enceinte d'un palais ou d'un trésor, les fragments de colonnes s'assemblent en un temple, les nombreuses inscriptions découvertes, qui par un heureux hasard sont bilingues révèlent un alphabet et une langue dont le déchiffrage et la traduction donnent des informations inespérées sur les événements du passé, à la mémoire desquels ces monuments ont été érigés. « Saxa Loquuntur ! »* *Les pierres parlent !
Le C est une copie d'une photographie de la sculpture d'Andy Warhol Cartons superposés de Brillo, Del Monte et Heinz, 1964 . Le D juxtapose le texte de Gerald of Wales et celui de Michel Leiris :
  • "Il est un phénomène extraordinaire, que j'ai toujours considéré comme un miracle, dans ce lieu nommé Llanthony, où - bien que les hautes montagnes qui l'entourent de tous côtés soient couvertes non pas de pierres ou de rochers, mais plutôt de terre grasse couverte d'herbe - l'on trouve fréquemment des blocs de marbre. Ceux-ci sont communément appelés free-stones ( pierres de taille ) parce qu'ils sont facilement fendus et peuvent être polis à l'aide d'outils en fer . On a utilisé ces pierres pour construire l'église qui est ainsi très élégante. Elles présentent cette caractéristique étonnante : on peut s'acharner à toutes les trouver, les ramasser jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus, jusqu'à ce qu'aucune autre ne puisse être découverte ; et, lorsque trois ou quatre jours plus tard vous regardez encore, elles sont à nouveau là, aussi nombreuses qu'avant, faciles à dénicher si vous les cherchez, toutes prêtes à être emportées." Gerald of Wales The journey through Wales and The Description of Wales, Penguin Classics, 1978, p.105.
  • Telles sont donc, à mon sens, les bases à partir desquelles on pourrait imaginer une «philosophie du déménagement », fondation de pierres sèches dont les parties constituantes, prises à l'état brut et laissées autonomes doivent (comme dans toutes constructions d'idées qui se respecte) tenir par leur gravité propre et n'ont besoin pour être unies entre elles de l'artifice d'aucun ciment. Michel Leiris Biffures, Gallimard 1948, p.80
expositions : - Centre d'Arts-Plastiques, Saint-Fons, 1999 - Enluminures, CCJPF, Saint-Yrieix-la-Perche / FRAC Limousin, 2008 - La Ville au loin, FRAC Centre, Orléans, 2016 - Faits alternatifs, FRAC Poitou-Charentes, Angoulêmes, 2017