Saint-Yrieix-la-Perche
2008

polyptyque
6 panneaux

polyptyque
A :153 X 67 cm
B, C, D, E, F : 75 X 75 cm
Surface totale : 153 X 301 cm



acrylique sur panneaux

Polyptyque réalisé à l’occasion d’une exposition au Centre Culturel Jean-Pierre Fabrègue à Saint-Yrieix-la-Perche.

 

Au début des années 90, j’avais travaillé sur un texte de Gerald of Wales, religieux anglo-gallois du douzième siècle qui, dans son ouvrage The Journey through Wales (1), avait décrit un phénomène géologique qu’il qualifiait de miraculeux : dans la vallée de Llanthony, des pierres, des freestones (2),  apparaissaient continuellement à la surface du sol et étaient utilisées pour construire l’église du village. Je trouvai donc, dans un texte du douzième siècle, mon nom et mon prénom. Je réalisais alors mes premières copies d’enluminures utilisant, entre autres, celle figurant un copiste imprimée sur la couverture de l’édition moderne du texte. Quelques années plus tard, m’intéressant aux idées de construction et de traduction, je copiai à nouveau des enluminures médiévales, illustrant cette fois l’épisode de la Tour de Babel (3). En 2007, je décidai de commencer une nouvelle série de tableaux dans lesquels je peindrais des copies d’enluminures médiévales figurant des copistes, des sortes de copies de copistes. Il me plaisait de souligner ainsi la proximité entre mon propre travail, qui consiste à copier des documents, et celui des copistes médiévaux.

 

 

Lors de ma première visite à Saint-Yrieix-la-Perche pour préparer l’exposition, Yannick Miloux, directeur du Frac Limousin, évoqua l’existence d’une bible enluminée conservée dans la ville. Je ne pus alors voir le livre à la médiathèque mais on me précisa que cette bible datait du douzième siècle, la période que je préfère pour les enluminures. Je décidai alors de réaliser un polyptyque sur cet ouvrage resté dans la ville de façon presque continue depuis sa réalisation. Je décidai de photographier l’ouvrage afin de repérer les enluminures qui pouvaient m’être utiles. Un livre récent (4) montrait d’ailleurs qu’il existait bien au moins une enluminure au début de l’évangile de Mathieu présentant un copiste. Au mois d’avril 2008 je passai donc une semaine dans la ville à photographier la totalité des enluminures de la bible. Je  sélectionnai finalement pour mon polyptyque les quatre lettrines inscrites au début de chacun des évangiles. Celles-ci figurent Mathieu, Marc, Luc et Jean qui, tels des dieux égyptiens, ont la tête remplacée par celle de leur animal symbole : le lion, le taureau et l’aigle. Chacun est représenté, tel un copiste, une plume à la main. (panneaux B, C, D, E)

 

 

Le nom de Saint-Yrieix-la-Perche m’intriguait, on m’indiqua que ce nom pouvait avoir pour origine le mot parchemin (perjamin, perjam, percham, perche). Lors de mon second séjour, Romain Boisseau me permit de découvrir l’article paru en 1985 dans les Travaux d’Archéologie Limousine (5) selon lequel Saint-Yrieix-la-Perche aurait donc une double origine. D’une part Saint Yrieix désignerait Arédius qui vécut au sixième siècle après J.C., tandis que la Perche évoquerait un parchemin. Même si ce parchemin n’était pas celui du manuscrit (6), il me semblait intéressant de reprendre le texte précisant cette toponymie dans le panneau A, qui peut aussi être vu comme un petit hommage à Marcel Proust et à son goût pour l’onomastique.  Le texte recopié fait allusion à un plan (figure 1) figurant dans l’article. Je trouve amusant qu’en regardant le polyptyque, on puisse penser que ce plan est le panneau F qui présente une copie d’une carte géographique IGN de Saint-Yrieix-la-Perche.

 

 

Notes : 

 

1. Gerald of Wales : The journey through Wales and The Description of Wales, Penguin Classics, 1978.  

 

2. Le nom commun freestone, bien que traduisible par « pierre libre », signifie pierre de taille, c’est à dire une pierre taillée, régulière, maintenue en place non pas par un quelconque ciment qui l’emprisonnerait mais par sa gravité propre. Définition que je retrouvai dans celle que Michel Leiris donne de ce qu’il nomme la philosophie du déménagement : Telles sont donc, à mon sens, les bases à partir desquelles on pourrait imaginer une «philosophie du déménagement »,  fondation de pierres sèches dont les parties constituantes, prises à l'état brut et laissées autonomes doivent (comme dans toutes constructions d'idées qui se respecte) tenir par leur gravité propre et n'ont besoin pour être unies entre elles de l'artifice d'aucun ciment. (Michel Leiris : Biffures, Gallimard 1948, p.80) 

 

 

3. Curieusement, je n’ai pu retrouver dans la Bible de Saint-Yrieix l’épisode de Babel.  

 

4. Patrimoine des bibliothèques de France, Vol. 10, Centre Limousin, Payot, 1995, p. 130.  

 

5. Romain Boisseau, Louis Bournazel, Guy Reboul : Aux Origines de Saint-Yrieix-la-Perche, Travaux d’Archéologie Limousine 1984, Volume 5, Association des Antiquités Historiques du Limousin, Limoges, 1985.  

 

6. Ce serait un texte -faux- que Charlemagne aurait signé garantissant l’indépendance de la Collégiale de Saint-Yrieix.


exposition Centre Culturel de St Yrieix -la-Perche / Frac Limousin, 2008