1 panneau

acrylique sur bois

Le Temps perdu 2015 - 2016

ensemble de 10 panneaux

dimensions de chaque tableau :

hauteur variable / largeur : 100 cm

Chaque tableau est présenté ci-dessous

 

 



A Saint-Pierre-des-Ifs monta une splendide jeune fille qui...
150 X 100 cm
acrylique sur bois

A Saint-Pierre-des-Ifs monta une splendide jeune fille qui, malheureusement, ne faisait pas partie du petit groupe. Je ne pouvais détacher mes yeux de sa chair de magnolia, de ses yeux noirs, de la construction admirable et haute de ses formes. (…) A la troisième station, elle descendit d’un saut. (…) Je demandai à Albertine qui cela pouvait être. (…) Albertine me dit, je crois très sincèrement, qu’elle ne savait pas. « Je voudrais tant la retrouver ! m’écriai-je – Tranquilisez-vous, on se retrouve toujours » répondit Albertine. Dans le cas particulier elle se trompait ; je n’ai jamais retrouvé ni identifié la belle jeune fille à la cigarette. (…) Mais je ne l’ai pas oubliée. Il m’arrive souvent en pensant à elle d’être pris d’une folle envie. Mais ces retours du désir nous forcent à réfléchir que si on voulait retrouver ces jeunes filles-là avec le même plaisir, il faudrait revenir aussi à l’année qui a été suivie depuis de dix autres pendant lesquelles la jeune fille s’est fanée. On peut quelquefois retrouver un être mais non abolir le temps.



Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe, p.276, Gallimard, Pléiade T3, 1988




Je ne pus qu’admirer...
32 X 100 cm
acrylique sur bois

Je ne pus qu’admirer combien la bourgeoisie française était un atelier merveilleux de la sculpture la plus variée.



Marcel Proust, A l’ombre des jeunes filles en fleurs, p.200, Gallimard, Pléiade T2, 1988





Oui, si le souvenir, grâce à l’oubli...
82 X 100 cm
acrylique sur bois



Oui, si le souvenir, grâce à l’oubli, n’a pu contracter aucun lien, jeter aucun chaînon entre lui et la minute présente, s’il est resté à sa place, à sa date, s’il a gardé ses distances, son isolement dans le creux d’une vallée ou à la pointe d’un sommet, il nous fait tout à coup respirer un air nouveau, précisément parce que c’est un air qu’on a respiré autrefois, cet air plus pur que les poètes ont vainement essayé de faire régner dans le paradis et qui ne pourrait donner cette sensation profonde de renouvellement que s’il avait été respiré déjà, car les vrais paradis sont les paradis qu’on a perdus.



Marcel Proust, Le temps retrouvé, p.449, Gallimard, Pléiade T4, 1989



Si, en ce goût du divertissement, Albertine...
70 X 100 cm



Si, en ce goût du divertissement, Albertine avait quelque chose de la Gilberte des premiers temps, c’est qu’une certaine ressemblance existe, tout en évoluant, entre les femmes que nous aimons successivement, ressemblance qui tient à la fixité de notre tempérament parce que c’est lui qui les choisit, éliminant toutes celles qui ne nous seraient pas à la fois opposées et complémentaires, c’est à dire propres à satisfaire nos sens et à faire souffrir notre cœur.


Marcel Proust, A l’ombre des jeunes filles en fleurs, p.248, Gallimard, Pléiade T2, 1988





Sans doute, bien des fois, au passage de jolies jeunes filles...
120 X 100 cm


acrylique sur bois




Sans doute, bien des fois, au passage de jolies jeunes filles, je m’étais fait la promesse de les revoir. D’habitude, elles ne reparaissent pas ; d’ailleurs la mémoire, qui oublie vite leur existence, retrouverait difficilement leurs traits ; nos yeux ne les reconnaîtraient peut-être pas, et déjà nous avons vu passer de nouvelles jeunes filles que nous ne reverrons pas non plus. Mais d’autres fois, et c’est ainsi que cela devait arriver pour la petite bande insolente, le hasard les ramène avec insistance devant nous. Il nous paraît alors beau, car nous discernons en lui comme un commencement d’organisation, d’effort, pour composer notre vie ; et il nous rend facile, inévitable, et quelquefois – après des interruptions qui ont pu faire espérer de cesser de nous souvenir – cruelle, la fidélité à des images à la possession desquelles nous nous croirons plus tard avoir été prédestinés, et que sans lui nous aurions pu, tout au début, oublier, comme tant d’autres, si aisément.


Marcel Proust, A l’ombre des jeunes filles en fleurs, p.181, Gallimard, Pléiade T2, 1988




A partir d’un certain âge...
60 X 100 cm
acrylique sur bois



A partir d’un certain âge nos souvenirs sont tellement entre-croisés les uns sur les autres que la chose à laquelle on pense, le livre qu’on lit n’a presque plus d’importance. On a mis de soi-même partout, tout est fécond, tout est dangereux, et on peut faire d’aussi précieuses découvertes que dans les Pensées de Pascal dans une réclame pour un savon.



Marcel Proust, Albertine disparue, p.124, Gallimard, Pléiade T4, 1989



 




Certes, s’il s’agit uniquement de nos cœurs
65 X 100 cm
acrylique sur bois





Certes, s’il s’agit uniquement de nos cœurs, le poète a eu raison de parler des « fils mystérieux » que la vie brise. Mais il est encore plus vrai qu’elle en tisse sans cesse entre les êtres, entre les événements, qu’elle entre-croise ces fils, qu’elle les redouble pour épaissir la trame, si bien qu’entre le moindre point de notre passé et tous les autres un riche réseau de souvenirs ne laisse que le choix des communications.





Marcel Proust, Le temps retrouvé, p.607, Gallimard, Pléiade T4, 1989

De sorte que...
90 X 100 cm
acrylique sur bois




De sorte que si jadis j’avais été amené à faire fléchir mon impression de l’unicité d’un désir en cherchant à la place d’une couventine perdue de vue une couventine analogue, maintenant pour retrouver les filles qui avaient troublé mon adolescence ou celle d’Albertine, je devais consentir une dérogation de plus au principe de l’individualité du désir : ce que je devais chercher ce n’était pas celles qui avaient seize ans alors, mais celles qui avaient seize ans aujourd’hui, car maintenant, à défaut de ce qu’il y avait de plus particulier dans la personne et qui m’avait échappé, ce que j’aimais c’était la jeunesse.





Marcel Proust, Albertine disparue, p.207, Gallimard, Pléiade T4, 1989






J’appuyais tendrement mes joues...
37 X 100 cm
acrylique sur bois

J’appuyais tendrement mes joues contre les belles joues de l’oreiller qui, pleines et fraîches, sont comme les joues de notre enfance.





                                   Marcel Proust, Du Côté de chez Swann,
p.4, Gallimard, Pléiade T1, 1987








Il est difficile en effet...
150 X 100
acrylique sur bois





Il est difficile en effet à chacun de nous de calculer exactement à quelle échelle ses paroles ou ses mouvements apparaissent à autrui ; par peur de nous exagérer notre importance et en grandissant dans des proportions énormes le champ sur lequel sont obligés de s’étendre les souvenirs des autres au cours de leur vie, nous nous imaginons que les parties accessoires de notre discours, de nos attitudes, pénètrent à peine dans la conscience, à plus forte raison ne demeurent pas dans la mémoire de ceux avec qui nous causons.



(…)



Mais il est bien possible que, même en ce qui concerne la vie millénaire de l’humanité, la philosophie du feuilletoniste selon laquelle tout est promis à l’oubli soit moins vraie qu’une philosophie contraire qui prédirait la conservation de toutes choses.



(…)



Ce « potin » m’éclaira sur les proportions inattendues de distraction et de présence d’esprit, de mémoire et d’oubli dont est fait l’esprit humain ; et je fus aussi merveilleusement surpris que le jour où je lus pour la première fois, dans un livre de Maspero, qu’on savait exactement la liste des chasseurs qu’Assourbanipal invitait à ses battues, dix siècles avant Jésus-Christ.



 



Marcel Proust, A l’ombre des jeunes filles en fleurs, p.468-469, Gallimard, Pléiade T1, 1987