Joris Ivens & King Vidor / King Vidor & Joris Ivens


Joris Ivens & King Vidor / King Vidor & Joris Ivens

schéma de Joris Ivens & King Vidor / King Vidor & Joris Ivens
2008 - 2011

acrylique sur panneaux

    

13 panneaux

 

- A. Carte géographique du Zuiderzee  103 X 103 cm

 

- B. Texte tiré du film de Joris Ivens  103 X 103 cm

 

- C. Texte tiré du film de King Vidor  103 X 103 cm

 

- D. Carte géographique Arcadia (USA)  103 X 103 cm

 

- E. Copie de la Tapisserie de Bayeux :  25 X 300 cm

 

- F / K.Photos des films de King Vidor & Joris Ivens : 100 X 150 cm

 

- L. Texte de Gerrard Winstanley   100 X 70 cm

 

- M. Texte de Sigmund Freud : 103 X 103 cm

 

 

Format total : 310 X 718 cm 

 

A l'occasion d'un cours sur les Pays-Bas, ce devait être en 1974 ou 1975, le professeur de géographie avait projeté un film en noir et blanc sur la construction des polders. Les images de la terre envahissant la mer m'avaient frappé. Je n'avais alors jamais entendu parler de Joris Ivens.

 

Beaucoup plus tard, sans doute dans les années 80, je découvris le film de King Vidor Our daily bread à la télévision en même temps que d'autres films : La Foule, Hallelujah ou Le Rebelle.

 

Je ne sais plus quand les deux films entrèrent en relation. Je me souviens que j'achetai à Londres, au début des années 90, le livre de Zalzman sur Joris Ivens. J'avais le projet de travailler sur lui, peut-être dans le cadre d'une série, jamais vraiment réalisée, qui devait lier architectes & cinéastes. Je peux retrouver dans la liste que je tiens de mes lectures, qu'en 1992 j'ai lu La grande parade, le livre de souvenirs de King Vidor. La localisation d'Arcadia n'étant pas précisée dans le film de King Vidor, j'avais le choix entre plusieurs villes réparties sur tout le territoire américain. Je choisis Arcadia dans l'état de l'Iowa qui était située à la fois près d'une rivière et surtout près d'une autre ville nommée Carroll, sorte de clin d'œil à l'auteur d'Alice in Wonderland.

 

En 2003, je lus les Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse de Freud où je trouvai le passage sur le Zuiderzee. C'est à ce moment que le projet du polyptyque King Vidor et Joris Ivens s'est précisé.

 

A la fin de 2007, je lus le livre d'Andrew Bridgeford sur la tapisserie de Bayeux qui me fascinait déjà enfant : j'en collectionnais les images à l'école primaire et je me souviens être allé la regarder à Bayeux en 1994 à l'occasion d'une exposition à Cherbourg. A la terre empiétant sur la mer de Joris Ivens et l'eau envahissant la terre de King Vidor, s'ajoutait ainsi l'image de l'homme traversant la Manche entre la France et l'Angleterre.

 

En 2010, alors que je pensais le polyptyque terminé, je lu le curieux texte de Gerrard Winstanley écrit en 1649 : The True Levellers Standard Advanced (en français : L'Etendard déployé des vrais niveleurs, paru chez Allia en 2007). Dans ce texte, Winstanley, précurseur du communisme, fait le rapprochement entre l'exploitation des pauvres par les riches de son époque et celle des Anglais par les Normands. Ce texte faisait apparaitre un nouveau lien entre la conquête de Guillaume et la crise des années trente au travers d'une autre crise qui se déroula au XVIIème siècle.

 

 

 

 

 

Texte tiré du scénario du film de K.Vidor (panneau C) :

 

Oncle Antoine : Eh bien, environ à trois cents kilomètres au sud (insert sur un dessin ; les mains de l’oncle en amorce esquissent un dessin au crayon ; off :) il y a une ville du nom d’Arcadia. Vous suivez la route principale, tout droit, puis vous prenez à gauche. Vous continuez encore sur dix kilomètres environ… Il continue à dessiner, trace un cercle, puis un autre. Fondu enchainé. 

 

***

John : Ecoutez-moi, les gars ! Le vieux barrage électrique fonctionne de nouveau. Il y a de l’eau qui coule à moins de trois kilomètres d’ici. (Les hommes continuent à arriver en courant et à se masser autour de lui, dans toutes les tenues les plus invraissemblables ; ils sont cadrés plus serrés, maintenant. Au premier rang : Chris.) Tout ce que nous devons faire, c’est de dévier l’eau par ici, vers nos cultures. Nous avons cinq jours pour ça.

 

King Vidor, Our Daily Bread  (Notre Pain Quotidien) 1934 L’Avant-Scène Cinéma N° 187, mai 1977

 

 

Texte sur le film de Joris Ivens (panneau B) :

 

Le Zuyderzee intéressait désormais le monde entier. Gagner du terrain sur la mer était un nouveau triomphe de l’homme sur la nature. Ivens était fier que ses compatriotes en aient été les auteurs. Il ne voulut pas laisser passer l’occasion d’un film sur un tel sujet. En mai 1934, la première partie de l’entreprise ayant été achevée avec succès, il commença le montage de ce qui devait devenir par la suite Nouvelle Terre. Pour le tournage et le montage de ce film, Ivens avait adopté des méthodes fort originales : les prises de vues furent confiées et réalisées séparément par différents membres de son équipe. Chacun se vit assigner un rôle ; l’un d’eux fut la « caméra de la terre » et son point de vue était celui de la terre qui lutte contre la mer ; un autre fut « la camera de la mer » qui se défendait contre l’invasion de la terre. Une troisième camera s’identifiait aux hommes et à leurs machines. Ce système de tournage se révéla très valable au montage. Il fournit trois thèmes dramatiques, chacun impliquant une histoire particulière. L’excitation et la tension du conflit de ces forces antagonistes étaient soulignées par la musique d’Eisler. Elles tendaient du moins vers une seule et même conclusion : la fermeture définitive de la digue.

 

A. Zalzman : Joris Ivens, Col. Cinéma d’Aujourd’hui, Seghers, 1963

 

 

Texte de Sigmund Freud  (panneau M) :

 

Et maintenant, pour conclure ces développements assurément fatigants et qui ne sont peut-être pas éclairants, encore une recommandation. Vous ne songerez pas, dans cette séparation de la personnalité en moi, surmoi et ça, à des frontières nettes, telles qu’elles ont été artificiellement tracées en géographie politique. Nous ne pouvons pas rendre justice à la spécificité du psychique par des contours linéaires comme dans le dessin ou dans la peinture primitive, mais plutôt par des champs de couleur qui s’estompent comme chez les peintres modernes. Après avoir séparé, il nous faut à nouveau laisser se fondre ensemble ce que nous avons séparé. Ne jugez pas trop durement un premier essai pour rendre sensible le psychique, si difficilement saisissable. Il est très vraisemblable que la forme prise par ces séparations varie grandement selon les personnes, il est possible qu’elles se trouvent elles-mêmes modifiées dans leur fonctionnement et qu’elles soient temporairement remodelées. Ceci semble s’appliquer en particulier à la différenciation qui intervient phylogénétiquement en dernier et qui est la plus épineuse : celle du moi et du surmoi. Il est indubitable qu’une maladie psychique provoquera le même résultat. On peut aussi se représenter sans peine que certaines pratiques mystiques sont capables de renverser les relations normales entre les différentes circonscriptions psychiques, de sorte que, par exemple, la perception peut saisir, dans le moi profond et dans le ça, des rapports qui lui étaient autrement inaccessibles. Pourra-t-on par cette voie se rendre maître des dernières vérités dont on attend le salut ? On peut tranquillement en douter. Nous admettrons toutefois que les efforts thérapeutiques de la psychanalyse se sont choisi un point d’attaque similaire. Leur intention est en effet de fortifier le moi, de le rendre plus indépendant du surmoi, d’élargir son champ de perception et de consolider son organisation de sorte qu’il puisse s’approprier de nouveaux morceaux du ça. Là où était du ça, doit advenir du moi. Il s’agit d’un travail de civilisation, un peu comme l’assèchement du Zuyderzee.

 

Freud, Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, p.109-110 Traduction de Rose-Marie Zeitlin, Gallimard, 1984 Titre original : Neue Folge der Vorlesungen zur Einführung die Psychoanalyse, 1933

 

 

 Texte de Winstanley (panneau L) :

 

The True Levellers Standard Advanced

 

by

Jerrard Winstanley, William Everard, Richard Goodgroome, John Palmer, Thomas Starre, John South, William Hoggrill, John Courton, Robert Sawyer, William Taylor, Thomas Eder, Christopher Clifford, Henry Bickerstaffe, John Barker. John Taylor, &c.

Beginning to Plant and Manure the Waste land upon 
George-Hill, in the parish of Walton, in the 
County of Surrey.

(…)

And the last enslaving Conquest which the Enemy got over Israel, was the Norman over England; and from that time, Kings, Lords, Judges, Justices, Bayliffs, and the violent bitter people that are Free-holders, are and have been Successively : The Norman Bastard William himself, his Colonels, Captains, inferiour Officers, and Common souldiers, who still are from that time to this day in pursuite of that victory, Imprisoning, Robbing, and killing the poor enslaved English Israelites.

(…)

And this is one Reason of our digging and labouring the Earth one with another; That we might work in righteousness, and lift up the Creation from bondage.

(…)

This Declares likewise to all Laborers, or such as are called Poor people, that they shall not dare to work for Hire, for any Landlord, or for any that is lifted up above others; for by their labours, they have lifted up Tyrants and Tyranny; and by denying to labor for Hire, they shall pull them down again. He that works for another, either for Wages, or to pay him Rent, works unrighteously, and still lifts up the Curse ; but they that are resolved to work and eat together, making the Earth a Common Treasury, doth joyn hands with Christ, to lift up the Creation from Bondage, and restores all things from the Curse.

 

L O N D O N

Printed in the Yeer, MDCXLIX.

Traduction en français du texte de Winstanley :

Et la dernière conquête d’esclavage que l’ennemi entreprit contre Israël fut l’invasion normande en Angleterre. Depuis ce temps-là, rois, seigneurs, juges, lords et baillis, ainsi que ces gens pleins d’une amère violence que sont les francs-tenanciers, ont été et sont encore, dans la succession des temps : le bâtard normand William en personne, puis ses colonels, capitaines, officiers subalternes et simples soldats qui, depuis lors et jusqu’à ce jour, tentent de parachever leur victoire en emprisonnant, volant tuant les pauvres Israélites d’Angleterre réduits en esclavage.

(…)

C’est pour cela qu’une des raisons qui nous conduit à bêcher et à cultiver la terre tous ensemble est de pouvoir de la sorte travailler dans la justice et soulager la création des liens de son esclavage.

(…)

Cette déclaration signifie de manière égale à tous les travailleurs, ou à tous ceux qu’on appelle les pauvres, qu’ils ne sauraient prétendre travailler en échange d’un salaire pour le compte d’un propriétaire ou de n’importe quelle personne qui se serait élevée au-dessus d’autrui : c’est en effet par leurs travaux qu’ils ont élevé les tyrans et la tyrannie, et c’est en refusant de travailler contre salaire qu’ils les abattront à nouveau. Celui qui travaille pour autrui, que ce soit contre un salaire ou en lui versant un loyer, le fait à l’encontre de la justice, et contribue à maintenir la malédiction ; mais ceux qui ont pris la décision de travailler et de manger ensemble, et de faire de la terre un trésor commun, joignent leurs mains à celles du Christ pour soulager la création du poids de l’esclavage et libérer toutes choses de la malédiction.

 

 

Gerrard Winstanley

L’Etendard déployé des vrais niveleurs, 1649

Allia, 2007  

 

 

map of Zuiderzee

 

Tapisserie de Bayeux (détail)

 

Tapisserie de Bayeux (détail)

 

King Vidor 3

 

Texte Freud


exposition Salle Obscure, 2012, galerie Nicolas Silin, Paris