1967
2008

1 panneau

45 X 67 cm

acrylique sur panneau

Ce tableau a été peint à l’occasion de l’exposition IMPFSTOFFE / VACCINATIONS  organisée fin 2008 par Christiana Protto à Francfort. Le tableau présente une copie peinte d’une photographie trouvée dans un album de photos familial. C’est, je crois, la première fois que je copie une image qui ne provient pas d’un livre. J’ai redécouvert ce document alors que j’écrivai un texte sur mon polyptyque : François Truffaut, H.P Roché et Marcel Duchamp . Je retrouvai alors trois photographies noir et blanc qui montraient ma mère, ma sœur et moi devant l’un des avions qui faisaient la liaison trans-manche entre la France et l’Angleterre. Dans les années 60, enfant, j’avais plusieurs fois pris cette ligne avec mes parents pour aller visiter ma famille en Angleterre. Sur la page de l’album, ma mère avait écrit la date : 18 mars 1967.

 

J’avais, dans le polyptyque, utilisé une autre image qui provenait d’un manuel de géographie de classes primaires. Je n’avais pas alors souhaité copier la photographie de l’album familial : je tenais à retrouver la luminosité, liée à mon souvenir de cette année 1967, qui aurait été perdue dans la photo noir et blanc. La photo anonyme du manuel semblait plus proche de mon souvenir. L’aéroport du Touquet, où cette photo a sans doute été prise, est associée à un moment heureux de mon enfance : une sorte d’utopie passée. Je me souviens de cet aéroport comme d’un lieu idéal. Il faisait beau ce jour-là, mais j’ai dû plusieurs fois prendre l’avion au Touquet et je ne suis pas certain que la photographie date du jour que j’ai précisément en mémoire. Il est aussi possible que je confonde les aéroports du Touquet et l’aéroport anglais qui était peut-être celui de Lydd. Je me souviens de bandes parfaitement blanches peintes sur la route qui desservait l’aéroport dont les abords ressemblaient à ces images des codes Rousseau des années 50/60 : une sorte de ville parfaite ponctuée de panneaux routiers. L’aéroport lui-même avait conservé l’apparence de ces bâtiments construits selon les règles de l’architecture moderniste des années trente.

 

Lorsque Christiana Protto m’a demandé de travailler sur mes rapports à l’enfance dans mon art, j’ai pensé à cette photographie que je venais de retrouver. Elle concentrait en un moment du passé différentes préoccupations récurrentes de mon travail : les rapports entre les membres d’une famille, ma position entre la France et l’Angleterre, mon rapport à l’utopie… Je regarde cette image, la position de chacune des personnes : ma mère, ma sœur, moi. Je pense à la personne absente qui prend la photo : mon père, qui a centré l’image sur la silhouette de ma mère. Cadrage que je reprends dans mon tableau. Je regarde la pose de chacun, je me vois sur l’image, mon regard captivé vers ma mère.

 

Collection particulière